Les insectes perçoivent-ils l'électricité ? Ce que montrent abeilles, chenilles et tiques

D'une idée française de 1783 aux recherches actuelles de Bristol : les insectes perçoivent bel et bien les champs électriques.

Écrit et sources vérifiées par la rédaction Kopero · Mis à jour le 17-9-2026

Les insectes perçoivent-ils l'électricité ? Ce que montrent abeilles, chenilles et tiques

Depuis le dix-huitième siècle déjà, les jardiniers associent l'électricité à la santé des plantes, et à ce qui vole et rampe dans le jardin. Des recherches modernes de l'université de Bristol montrent que cette intuition ne sortait pas de nulle part : les abeilles, les chenilles et les tiques perçoivent réellement les champs électriques. Voici ce que l'on en sait désormais.

En bref

  • L'abbé Pierre Bertholon concevait déjà en 1783 un appareil contre les insectes xylophages, basé sur une décharge électrique.
  • Les bourdons apprennent en quelques visites à reconnaître le champ électrique d'une fleur (Science, 2013).
  • Les chenilles sentent approcher une guêpe grâce à sa charge électrique, avant même de la voir (PNAS, 2024).
  • Les tiques sont attirées, sur une distance de quelques millimètres à quelques centimètres, par une charge statique (Current Biology, 2023).
  • Un essaim d'abeilles qui passe augmente le champ électrique local d'environ cent volts par mètre en moyenne (iScience, 2022).

Une idée de 1783 : un appareil contre les insectes xylophages

L'abbé Pierre Bertholon, le professeur français dont le livre "De l'électricité des végétaux" (1783) a déjà été évoqué dans notre histoire de l'électroculture, a conçu, en plus de sa célèbre antenne à mât, un second appareil : une décharge issue d'une bouteille de Leyde, reliée à deux fils de fer de part et d'autre d'un tronc d'arbre abritant des insectes xylophages. Pour les vergers, il envisageait tout un réseau de fils, de sorte qu'une seule décharge puisse atteindre plusieurs arbres à la fois. Bertholon fut ainsi, à notre connaissance, le premier à relier l'électricité et la lutte contre les insectes au jardin.

Ce qu'une abeille perçoit réellement d'une fleur

Ce que Bertholon ne pouvait pas savoir, et qui n'a été démontré qu'en 2013, c'est que les insectes perçoivent réellement les champs électriques. Des chercheurs de l'université de Bristol, publiés dans la revue Science, ont présenté à des bourdons des fleurs artificielles avec et sans légère charge électrique. Les bourdons ont appris à reconnaître la différence en quelques visites. Une recherche complémentaire de la même équipe, dans PNAS, a montré comment cela fonctionne : les petits poils sur le corps d'un bourdon se plient sous l'effet d'un champ électrique, et ce mouvement est capté par le système nerveux, tout comme nous sentons une brise sur notre peau.

Bourdon sur une fleur
Un bourdon reconnaît une fleur, entre autres, à son champ électrique. Photo : Weerlicht, domaine public (Wikimedia Commons).

Des chenilles qui sentent venir une guêpe

Des chercheurs de cette même équipe de Bristol ont publié en 2024 dans PNAS une autre découverte surprenante : les chenilles peuvent percevoir une guêpe qui approche grâce à sa charge électrique, avant même de la voir ou de l'entendre. De fins poils filiformes sur le corps de la chenille réagissent au champ autour de la guêpe, et la chenille répond par un comportement de défense : elle se tord et mord en direction du danger. Le même type de poil s'est aussi révélé sensible au champ vrombissant des lignes à haute tension.

Des tiques attirées sur plusieurs centimètres

En 2023, la même équipe de recherche a décrit, dans Current Biology, comment les tiques sont attirées par la charge statique d'un hôte qui approche. Lors d'essais avec de la fourrure de lapin chargée, les tiques sautaient déjà, sur une distance de quelques millimètres à quelques centimètres, vers la source de la charge, sans qu'un contact physique soit nécessaire. C'est l'un des exemples les plus clairs que de petits arthropodes utilisent activement les signaux électriques de leur environnement.

Un essaim qui crée son propre champ

Les insectes ne se contentent pas de percevoir l'électricité, ils la génèrent eux-mêmes aussi. Une équipe de recherche des universités de Bristol et de Reading a mesuré en 2022, dans une publication d'iScience, qu'un essaim d'abeilles domestiques qui passe peut augmenter le champ électrique local d'environ cent volts par mètre en moyenne : un ordre de grandeur comparable à la charge que l'on mesure dans l'air à l'approche d'un orage. Pour les grands essaims, cela pouvait même monter jusqu'à plusieurs centaines de volts par mètre.

De Bertholon au potager moderne

Ces découvertes récentes offrent une nouvelle perspective fascinante sur un thème ancien. Depuis Bertholon, au dix-huitième siècle déjà, les jardiniers associent l'électricité à la santé des plantes, et la science moderne montre à présent que le monde des insectes qui les entoure est bel et bien sensible aux signaux électriques venus de l'air et du sol. C'est précisément ce genre de liens qui fait de l'électroculture, de la bouteille de Leyde de Bertholon aux antennes en cuivre d'aujourd'hui, un sujet toujours aussi attrayant pour qui veut expérimenter par lui-même.

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